Top 5 des risques qui menacent le monde en 2026, et ce que cela signifie pour l'Afrique

Pour les deux prochaines années, 50 % des répondants anticipent un climat mondial "turbulent" ou "orageux", contre 42 % un an plus tôt.

Crédit photo, (Photo : BOUREIMA HAMA/AFP via Getty Images)

Légende image, Des personnes transportent leurs affaires tout en marchant dans une rue inondée par les eaux du fleuve Niger, qui a débordé dans le quartier de Kirkissoye à Niamey, le 27 août 2020.
    • Author, Mamadou Faye
    • Role, BBC News Afrique
  • Published
  • Temps de lecture: 8 min

L'incertitude s'installe au cœur du paysage mondial selon le Global Risks Report 2026 du World Economic Forum (WEF) publié le 14 janvier 2026.

Dans cette 21e édition, le WEF alerte sur un monde de plus en plus marqué par la confrontation, la fragmentation et le recul de la coopération internationale.

Basé sur les réponses de plus de 1 300 experts interrogés dans le cadre de la Global Risks Perception Survey 2025-2026, le rapport identifie les risques susceptibles de peser le plus lourdement sur les sociétés au cours des prochaines années. Pour les deux prochaines années, 50 % des répondants anticipent un climat mondial "turbulent" ou "orageux", contre 42 % un an plus tôt.

Dans cette nouvelle "ère de compétition", quels sont les cinq risques jugés les plus sévères à l'horizon 2028 ? Et surtout, quelles conséquences pourraient-ils avoir pour l'Afrique ?

1. La confrontation géoéconomique

Billets de francs CFA, de 5000, 2000 et 500.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Le franc CFA, une monnaie datant d'avant les indépendances africaines, est devenu un sujet de confrontation géoéconomique entre la France et ses anciennes colonies.

C'est le premier risque, aussi bien pour 2026 immédiatement (18% des experts le désignent comme le plus susceptible de déclencher une crise mondiale) que sur l'horizon 2 ans, en 2028. Il gagne huit places par rapport à l'année dernière. Le rapport décrit une multiplication des tarifs douaniers, des contrôles à l'investissement, des sanctions et un affaiblissement du système de règlement des différends de l'OMC - dont le nombre de dossiers a chuté aux deux tiers depuis la mise à l'arrêt de son organe d'appel en 2019.

Pour l'Afrique, deux points de vulnérabilité directe ressortent du rapport :

  • la course aux minerais critiques : le WEF anticipe que les gouvernements vont accumuler des réserves de métaux et minerais nécessaires à la transition énergétique, avec un risque de pressions commerciales, diplomatiques, voire militaires sur les pays où ces ressources se trouvent - une description qui s'applique directement aux économies africaines riches en cobalt, lithium, cuivre ou terres rares.
  • la souveraineté monétaire : le rapport souligne que les pays émergents à "monnaie faible" sont particulièrement exposés à la montée des stablecoins adossés à des devises étrangères, avec un afflux estimé à 1 220 milliards de dollars d'ici fin 2028 (contre 173 milliards fin 2025) - un phénomène qui pourrait fragiliser davantage la politique monétaire de nombreux pays africains.

2. La désinformation et la mésinformation

Des manifestants devant les bureaux du HCR à Tripoli, le 4 juin 2026.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Des manifestants mobilisés devant les bureaux du HCR à Tripoli le 4 juin 2026 après une publication sur les réseaux sociaux, déclenchant une vague de désinformation contre les migrants et les agences des Nations Unies en Libye.

C'est le second risque le plus sévère à 2 ans (et déjà 4ᵉ en termes de risque de crise immédiate en 2026). Le rapport pointe la difficulté croissante à distinguer les contenus authentiques et les contenus synthétiques générés par l'IA (deepfakes), dans un contexte de recul de la confiance envers les médias traditionnels.

Pour l'Afrique, c'est l'un des risques où le rapport donne une donnée continentale explicite et frappante - 73% des personnes interrogées en Afrique se disent préoccupées par leur capacité à distinguer le vrai du faux en ligne, contre 58% en moyenne mondiale (à égalité avec les États-Unis, également à 73%). Le rapport note aussi que l'Afrique fait partie des régions où la consommation d'actualités via les réseaux sociaux progresse le plus vite - ce qui amplifie l'exposition à ce risque plutôt que de la limiter.

3. La polarisation sociétale

Ce risque grimpe d'une place et se hisse au 3ᵉ rang. Le rapport le décrit comme étroitement lié au risque précédent : la désinformation nourrit la polarisation, qui à son tour fragilise la confiance dans les institutions et la capacité collective à répondre aux crises.

Pour l'Afrique, le rapport ne fournit pas de chiffre continental dédié à ce risque précis, mais le mécanisme qu'il décrit - algorithmes de recommandation qui enferment les utilisateurs dans des bulles informationnelles, érosion de la confiance institutionnelle - s'articule directement avec le constat fait sur la désinformation, qui est le 2e risque. Une population africaine de plus en plus connectée aux réseaux sociaux, combinée à une forte défiance envers l'information en ligne, crée un terreau propice à cette polarisation, notamment dans les périodes électorales.

4. Les événements météorologiques extrêmes

Cette vue aérienne montre des maisons submergées dans le quartier d'Adonkolo, à Lokoja, le 12 octobre 2024. Deux grands fleuves ont débordé dans le centre du Nigeria, provoquant des inondations.

Crédit photo, (Photo by HARUNA YAHAYA/AFP via Getty Images)

Légende image, Cette vue aérienne d'un débordement de deux grands fleuves dans le centre du Nigeria, provoquant le déplacement de dizaines de milliers de personnes.
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C'est le quatrième risque à l'horizon de deux ans (2028), mais il arrive en tête des risques à l'horizon de dix ans (2036), signe que le Forum économique mondial (WEF) considère le changement climatique comme la menace structurelle la plus lourde à long terme. Le rapport souligne l'aggravation des dégâts causés aux infrastructures critiques, notamment dans les secteurs de l'eau, de l'énergie et des transports, ainsi que l'allongement des périodes de sécheresse.

Pour l'Afrique, le rapport met en avant un constat central : les conséquences des événements climatiques extrêmes sur les infrastructures critiques seront particulièrement importantes dans les pays à faible revenu, dont les capacités d'adaptation sont plus limitées. Il cite notamment le Maroc parmi les pays où certaines infrastructures hydroélectriques risquent de devenir des « actifs échoués » en raison de sécheresses prolongées, aux côtés de la Chine, de la Jordanie, de l'Irak et de la Syrie. Le rapport souligne ainsi que l'Afrique, bien qu'ayant peu contribué au changement climatique, demeure l'une des régions les moins préparées à en absorber les conséquences physiques.

5. Les conflits armés interétatiques

Un soldat en uniform, les mains posées sur son arme.

Crédit photo, Getty Images

C'est le cinquième risque à l'horizon de deux ans (2028), en recul d'une place par rapport à l'année précédente, où il occupait la première position parmi les risques les plus immédiats. Le rapport souligne toutefois que ce recul relatif ne traduit pas une diminution de la menace. Ce risque demeure étroitement lié à la confrontation géoéconomique, classée au premier rang, chaque escalade de l'un étant susceptible d'alimenter l'autre.

Pour l'Afrique, le rapport établit un lien direct entre ce risque et la compétition mondiale pour l'accès aux ressources naturelles. Il met en évidence une hausse des interventions directes ou indirectes des grandes puissances, ainsi que des rivalités entre elles, dans les régions riches en ressources stratégiques. Cette dynamique concerne particulièrement certaines zones de conflit du continent où se concentrent des minerais et matières premières recherchés.

Par ailleurs, un risque non classé parmi les premiers à court terme mérite une attention particulière en raison de ses implications pour l'Afrique : les effets néfastes de l'intelligence artificielle. Celui-ci passe de la 30e place à l'horizon 2028 à la 5e place à l'horizon 2036, enregistrant ainsi la plus forte progression parmi tous les risques évalués.

Le rapport met en évidence un important écart d'adoption des technologies d'intelligence artificielle. Le taux d'adoption en Amérique du Nord, estimé à 27 % de la population active, est trois fois supérieur à celui de l'Afrique subsaharienne, qui s'établit à 9 %. En outre, seule une poignée de centres de données dédiés à l'IA sont implantés dans les régions en développement.

Le rapport souligne également que de nombreux pays d'Afrique subsaharienne ne disposent pas encore de stratégie nationale en matière d'informatique quantique, un autre domaine technologique dans lequel les écarts de préparation entre pays pourraient se creuser durablement.

Ce qui est plus préoccupant n'est peut-être pas chacun de ces risques pris séparément, mais leur capacité à s'alimenter les uns les autres.

Une confrontation entre puissances peut provoquer un choc économique, un conflit peut déstabiliser une tandis que la polarisation et la désinformation peuvent fragiliser davantage les institutions.

Mais l'Afrique sera-t-il suffisamment préparé à un monde où les grandes puissances coopèrent moins, où les ressources stratégiques deviennent des instruments de puissance et où les chocs climatiques se multiplient ? Car si les risques géopolitiques dominent l'horizon 2028, le WEF rappelle qu'à l'horizon 2036, les risques environnementaux peuvent reprendre le dessus : les événements météorologiques extrêmes, la perte de biodiversité et les changements critiques des systèmes terrestres figurent alors en tête du classement.

L'enjeu pour l'Afrique sera donc de ne pas attendre la prochaine crise pour se préparer. Renforcer les infrastructures, diversifier les économies, sécuriser les ressources, développer les compétences numériques, protéger l'information et consolider la coopération régionale pourraient devenir autant de conditions de résilience.

* Il faut noter que ce résumé s'appuie sur le classement par sévérité à 2 ans compris dans la Figure 3 du rapport, et sur les données régionales/nationales explicitement mentionnées dans le texte du rapport.