Succès Masra gracié par le président tchadien Mahamat Déby

Succès Masra, le président du parti d'opposition tchadien « Les Transformateurs » fait un geste lors d'un briefing après une réunion avec des représentants de la mission de l'Union africaine, le 3 mai 2021 à N'djamena au Tchad.

Crédit photo, Getty Images

    • Author, Chérif Ousman Mbardounka et Papa Atou Diaw
    • Role, BBC News Afrique
  • Published
  • Temps de lecture: 6 min

Succès Masra, leader des Transformateurs, pourra bientôt humer l'air de la liberté. En tout cas c'est ce que présage la grâce présidentielle signée par le président tchadien Mahamat Deby.

Masra, ancien Premier ministre de Deby fils, purge actuellement une peine de 20 ans de prison.

Il bénéficie donc d'une grâce présidentielle aux côtés de huit autres membres de l'opposition arrêtés pour avoir organisé une manifestation.

Parallèlement, les peines de plusieurs autres détenus à travers le pays ont également été commuées.

Le président tchadien Mahamat Deby a annoncé lundi qu'il allait gracier plusieurs personnes condamnées pour des crimes commis dans le pays, une décision qu'il a qualifiée d'étape vers l'unité nationale, le pardon et la réconciliation.

Il a fait cette déclaration lors d'un discours prononcé à l'occasion de la célébration du 66e anniversaire de l'indépendance de son pays.

« L'avenir du Tchad dépend de notre capacité à rester unis et solidaires malgré les épreuves et les difficultés », a-t-il déclaré, évoquant plusieurs défis auxquels le pays a été confronté, notamment les affrontements intercommunautaires, la répartition inégale des ressources et la lenteur de la justice.

Il avait exhorté les citoyens à dépasser leurs divergences, à rejeter la division et à faire passer l'intérêt de l'État avant tout sans pour autant donner des indices sur l'identité des personnes qui bénéficieront de sa grâce présidentielle.

«C'est dans cet esprit, et conformément aux pouvoirs que me confère la Constitution, que j'accorderai la grâce présidentielle à plusieurs de nos compatriotes qui ont été condamnés», a-t-il déclaré.

Les raisons d'une condamnation de 20 ans de prison

"Ne vous inquiétez pas, on se retrouve bientôt", avait lancé à ses partisans et proches, l'opposant tchadien Succès Masra, qui venait d'être condamné à 20 ans de prison ferme par le Tribunal de grande instance de N'Djamena en août 2025.

Toujours sourire aux lèvres comme il l'a affiché tout au long du procès, l'opposant est resté calme et serein après le verdict, donnant même des accolades à ses avocats qui ont crié à l'injustice, selon l'AFP.

Succès Mastra a quitté la cour entouré de gardes armés, sous les regards découragés et démoralisés de ses militants dont certains en pleurs.

Selon le tribunal de N'Djamena, Succès Masra est reconnu coupable de "diffusion de message à caractère haineux et xénophobe" et de "complicité de meurtre". Ces accusations font suite au drame de Mandakao où 42 personnes ont été tuées en mai dans un conflit inter-communautaire.

74 autres personnes ont également été condamnées dans cette affaire de Mandakao. Parmi elles, 64 ont écopé aussi de 20 ans de prison ferme.

La veille de cette condamnation, le Parquet avait requis 25 ans de prison ferme à l'encontre de Succès Masra et ses coaccusés.

Selon le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement tchadien, Gassim Cherif, la justice est indépendante et chacun doit respecter ses décisions.

"Le gouvernement tchadien n'a pas besoin de commanditer quelque chose pour éliminer politiquement Masra. La justice a tranché".

Succès Masra, le président du parti d'opposition tchadien « Les Transformateurs »

Crédit photo, Getty Images

Le massacre de Mandakao

Oumar Mahamat Kedelaye, procureur de la république, s'adresse à la presse suite à l'arrestation de Succes Masra, président du parti Les Transformateurs, dans son bureau à N'Djamena le 16 mai 2025.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Oumar Mahamat Kedelaye, procureur de la République, s'adresse à la presse suite à l'arrestation de Succes Masra, président du parti Les Transformateurs, dans son bureau à N'Djamena le 16 mai 2025.
Ignorer Promotion WhatsApp et continuer la lecture
BBC Afrique est sur WhatsApp

Des informations vérifiées à portée de main

Cliquez ici et abonnez-vous !

Fin de Promotion WhatsApp

Le 14 mai 2025, 42 personnes "majoritairement des femmes et des enfants" ont été tuées à Mandakao, dans la région du Logone-Occidental (sud-ouest), dans un conflit intercommunautaire. La justice tchadienne soupçonne M. Masra d'avoir provoqué ce massacre.

"Cette implication présumée a incité la population à s'en prendre à une communauté résidant dans la même localité. Des messages ont circulé, notamment sur les réseaux sociaux, appelant la population à s'armer contre d'autres citoyens", avait déclaré le Procureur de la République, Oumar Mahamat Kedelaye.

Dans une communication transmise à l'AFP mercredi, le collectif des avocats représentant l'Etat tchadien a indiqué que M. Masra est le "principal auteur des faits" mais que 82 autres personnes ont été arrêtées pour les mêmes motifs.

Un membre du parti Les Transformateurs de Masra, Sitack Yombatina, a rejeté ces accusations, déclarant à Reuters que Masra, qui a dirigé le pays pendant cinq mois au début de l'année 2024, ne pouvait être tenu responsable de "l'incompétence du gouvernement à juguler les conflits intercommunautaires."

Le message audio mis en avant par la justice pour incriminer M. Masra daterait de mai 2023 selon ses avocats. Suivant une traduction française de l'audio en langue Ngambaye, il est dit: "apprenons-nous les uns et les autres à utiliser une arme à feu. Que ce soit fille ou garçon, que ce soit femme ou homme... soyons tous des boucliers protecteurs".

Les conseils de Succès Masra affirment que cette déclaration, prononcée "dans un contexte précis avait fait l'objet du mandat d'arrêt international" contre leur client et qui "avait été levé en date du 02 novembre 2023, suite à un abandon des poursuites".

"Une cabale politico-judiciaire"

Conférence de presse au siège du parti mercredi après-midi

Crédit photo, Les Transformateurs

Légende image, Les avocats de M. Masra ont dénoncé "une cabale politico-judiciaire" et une "conspiration" contre leur client.

Lors d'une conférence de presse au siège du parti mercredi après-midi, les avocats de M. Masra ont dénoncé "une cabale politico-judiciaire" et une "conspiration" contre leur client.

Le Secrétaire général du parti, Dr Tog-Yeum Nagorngar a quant à lui dénoncé la procédure qui selon lui est "purement politique".

"Les accusations ayant conduit à son enlèvement et à sa détention arbitraire sont vides et pleines de contradictions" a jouté le secrétaire général des Transformateurs.

Pour lui, cette décision vient mettre à mal un effort soutenu de refondation et de réconciliation et de reconstruction de l'État tchadien.

"Les Transformateurs expriment leur profonde préoccupation face à cette dérive totalitaire du système politico-judiciaire alors même que l'engagement du président Dr Masra en faveur de la paix, du dialogue et de la justice est reconnu de tous".

Dr Tog-Yeum Nagorngar interpelle le Président Mahamat Idriss Déby pour qu'"il prenne toutes ses responsabilités de garant de l'unité nationale afin de faire libérer Succès Masra dans les meilleurs délais".

Il a par la suite exhorté ses militants et sympathisants "à rester mobilisés, mais toujours dans la discipline, en attendant les actions futures qui viendraient à être décidées".